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Blanche en une nuit — le prix de la perruque de Sabrina

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Je me suis réveillée le matin du mariage de mon unique fils en pensant aux cloches de la basilique Saint-Louis, aux flûtes de champagne et aux photographes alignés sur le parvis. Ce que j'ai trouvé, c'est une odeur d'antiseptique et une brûlure sur tout le crâne, comme si on m'avait arraché la peau.

J'ai tendu la main vers mes cheveux. Depuis quarante ans, j'avais ce carré argenté que tout Lyon reconnaissait. Mes doigts n'ont rencontré que du lisse. Rien. J'ai mis presque une minute à respirer normalement.

Sur l'oreiller, une carte posée avec soin. Encre bleue, écriture penchée : « Félicitations, vous avez enfin une coiffure de votre âge. » Un petit cœur dessiné dessous. Pas de signature. Pas besoin. Le parfum de Clémence imprégnait encore le carton — ce Guerlain hors de prix qu'elle portait depuis qu'elle fréquentait mon fils.

Ma future belle-fille m'avait laissé un mot, le matin de son propre mariage.

Je me suis levée, j'ai traversé la chambre jusqu'à la salle de bains en marbre de Carrare. La femme dans le miroir, je ne la connaissais pas. Crâne rasé net, quelques traces de rasoir encore rouges, une zone irritée près de la tempe gauche. Pas un geste d'ivrogne, pas une blague de soirée arrosée. Quelqu'un avait pris son temps. Quelqu'un était entré dans ma chambre pendant que je dormais, à Dardilly, dans ma propre maison, et avait fait ça avec application.

J'ai agrippé le rebord du lavabo jusqu'à ce que mes articulations blanchissent, et je n'ai pas pleuré. C'est exactement ce que Clémence attendait : la belle-mère humiliée qui reste cloîtrée à l'étage, qui renonce à la cérémonie, qui s'efface pendant que sa fille épouse Nicolas devant toute la bonne société lyonnaise.

Elle avait oublié qui j'étais.

Je m'appelle Odile Varenne. J'ai élevé Nicolas seule après la mort de son père, routier mort sur l'A6 un hiver de verglas. J'ai monté une agence immobilière qui pesait aujourd'hui vingt-trois agences entre Lyon, Villeurbanne et Annecy, en commençant par un local de quarante mètres carrés rue Victor-Hugo. J'ai siégé dans des conseils d'administration où des hommes en costume me disaient que ma place n'était pas là. Un rasoir n'allait pas me faire plier.

Je suis retournée dans ma chambre. J'ai ouvert le coffre mural, tapé le code. À l'intérieur, les actes de donation que j'avais préparés pour Nicolas et Clémence : trois millions huit cent mille euros en parts de la SCI familiale, plus les titres de propriété de deux immeubles du 6e arrondissement. Pendant des semaines, je m'étais imaginée en train de glisser l'enveloppe dans leurs mains pendant le vin d'honneur, persuadée que ce cadeau protégerait leur avenir et rapprocherait mon fils, de plus en plus distant depuis deux ans.

L'enveloppe me brûlait les doigts. Je l'ai remise dans le coffre, j'ai refermé la porte blindée, tourné la molette.

J'ai appelé Maître Lefranc, notre notaire depuis dix-sept ans.

« Odile, tout est prêt pour la signature de cet après-midi.

— Annulez.

— Pardon ?

— Pas un centime ne bouge. Et ce soir, on reprend mon testament de A à Z. »

Il y a eu un silence, puis : « Il s'est passé quelque chose ?

— Non, ai-je répondu en fixant la carte toujours posée sur l'oreiller. J'ai simplement ouvert les yeux. »

Marina, ma coiffeuse depuis vingt ans, est arrivée un quart d'heure plus tard avec une perruque argentée dans un carton à chapeau. En voyant mon crâne, elle a plaqué la main sur sa bouche. Je l'ai arrêtée d'un geste.

« Aide-moi à entrer dans cette église la tête haute. »

Une heure après, dans le miroir, c'était de nouveau moi. Robe bleu marine, perles aux oreilles, chevelure argentée impeccable, et ce visage calme qui avait déjà signé des contrats à huit chiffres sans trembler. Avant de partir, j'ai glissé un petit dictaphone dans mon sac. Quelque chose me disait que Clémence n'avait pas fini de jouer.

À la basilique, Nicolas m'a à peine saluée. Un baiser distrait sur la joue, les yeux déjà tournés vers les photographes et les invités qui remontaient l'allée centrale. Clémence, sous son voile, rayonnait comme une image de magazine. J'étais la seule à savoir ce que ce sourire cachait.

Pendant les photos, elle s'est approchée, assez près pour que je sente son parfum. « J'avoue que je suis étonnée, a-t-elle chuchoté. Je pensais que vous resteriez chez vous aujourd'hui.

— Il y a encore beaucoup de choses que vous ne savez pas sur moi », ai-je répondu en souriant aux flashs.

Quelque chose a vacillé une seconde sur son visage avant qu'elle ne retrouve son sourire de magazine.

À la réception, au château de la Vigne-Blanche, dans les Monts du Lyonnais, les lustres éclairaient des élus locaux, des promoteurs immobiliers, des associés de cabinets d'avocats — tout ce que la bourgeoisie lyonnaise comptait de notable. Tout le monde semblait déjà connaître le montant du cadeau que j'étais censée offrir. On félicitait Nicolas d'être « un jeune homme particulièrement chanceux ». Il recevait les compliments comme si ma fortune lui appartenait déjà.

Le repas a commencé par le discours du père de Clémence, un promoteur du quartier de la Part-Dieu, qui a évoqué « l'union de deux patrimoines ». Clémence, elle, n'a pas lâché mes mains une seule fois pendant les photos du vin d'honneur, jouant la belle-fille aimante devant les objectifs. Vers vingt-trois heures, alors que l'orchestre enchaînait les valses et que les invités dansaient sous les lustres, elle m'a entraînée vers un petit salon attenant, prétextant vouloir me montrer les photos du voyage de noces prévu aux Maldives.

Une fois la porte fermée, son sourire a disparu d'un coup. « Vous allez faire le virement maintenant, a-t-elle dit, les dents serrées. Les invités attendent l'annonce. Mon père en a parlé à tout le monde. »

J'ai posé mon sac sur la console, tranquillement. « Il n'y aura pas d'annonce.

— Vous rendez-vous compte du ridicule que ça va être ?

— Vous auriez dû y penser avant de me raser le crâne pendant mon sommeil. »

Elle a blêmi, puis s'est reprise aussitôt : « Je ne sais pas de quoi vous parlez.

— J'ai gardé la carte. Et votre parfum était partout dans ma chambre. Vous n'êtes pas aussi prudente que vous le croyez. »

J'ai sorti le dictaphone de mon sac, l'ai posé sur la table basse, et j'ai appuyé sur « lecture ». Sa propre voix a résonné dans la pièce, enregistrée une heure plus tôt dans les toilettes du château, où elle s'était confiée à sa demoiselle d'honneur sans se méfier d'une porte mal fermée : « … de toute façon la vieille n'osera rien dire, elle est trop fière pour faire un scandale le jour du mariage de son fils… »

Nicolas est entré à ce moment-là, alerté par le ton des voix. Il a entendu la fin de la phrase. Son visage s'est figé.

« Maman, qu'est-ce que… »

Je lui ai montré mon crâne, soulevant légèrement la perruque sur le côté pour qu'il voie les traces encore visibles. « Ta femme m'a rasé la tête pendant que je dormais, cette nuit, dans ma propre maison. Elle a laissé une carte sur mon oreiller. Et il y a une heure, elle exigeait que je signe trois millions huit cent mille euros d'actes de donation, sous la menace de faire un scandale devant tes invités. »

Nicolas s'est tourné vers Clémence. Elle a bredouillé que c'était « une blague qui avait mal tourné », que j'exagérais. Mais l'enregistrement tournait encore, et sa voix, nette, sans ambiguïté, continuait de parler dans le silence du petit salon.

Je n'ai pas haussé le ton. Je n'ai pas fait de scène devant les trois cents invités qui dansaient à côté. J'ai simplement repris mon sac, et j'ai dit à Nicolas : « Le coffre reste fermé. L'acte de donation n'existera jamais sous cette forme. Je verrai Maître Lefranc lundi matin pour refaire mon testament — tu en connaîtras le contenu en temps voulu, mais ce ne sera plus ce qui était prévu ce matin. »

Puis je suis sortie du salon, j'ai traversé la salle de bal sous les lustres, j'ai salué quelques invités, embrassé une vieille amie de la famille, et je suis rentrée chez moi à Dardilly, seule, dans ma Citroën DS, la tête droite sous ma perruque argentée.

Le lundi suivant, chez Maître Lefranc, j'ai signé un nouveau testament. Les vingt-trois agences et le patrimoine immobilier sont désormais placés dans une fondation familiale au nom de ma propre mère, destinée à financer des bourses d'études pour des jeunes filles de familles modestes de la région lyonnaise qui veulent créer leur entreprise. Nicolas garde sa part, celle qui lui revenait avant même mon mariage avec son père, mais plus un centime au-delà, et rien qui transite par les mains de Clémence. J'ai fait virer, séparément, deux cent mille euros sur un compte à mon seul nom, pour mes propres projets — un bâtiment à retaper rue Garibaldi que je veux transformer en atelier pour jeunes artisans.

Clémence a appelé trois fois dans la semaine. Je n'ai pas répondu. Nicolas est venu me voir un dimanche, seul, sans elle. Il n'a pas défendu sa femme. Il m'a simplement demandé si mes cheveux allaient repousser. Je lui ai dit que oui, dans quelques mois, et que d'ici là, l'argenté me va très bien, perruque ou pas.

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