Connect with us

FR

Celle qui revient toujours

Published

on

— Laisse-moi tranquille, va, murmura Louise, sans même se retourner.

Le chat ne répondit pas. Un chat ne répond jamais. Il se contenta de la suivre, à trois pas, ni plus ni moins. Louise s’arrêta. Le chat s’assit au milieu du trottoir, l’enveloppant de ce regard fixe, jaune et placide qu’ont les bêtes qui n’ont plus rien à perdre.

C’était un jeudi de novembre à Grenoble. Un ciel de plomb pesait sur les immeubles de la Villeneuve, et le vent descendait de la Chartreuse pour se glisser sous les manteaux élimés. Louise ne sentait rien. Ni le froid, ni l’humidité, ni cette présence opiniâtre sur ses talons. Depuis que Henri était mort, en mars dernier, elle s’était comme absentée d’elle-même. Soixante-dix-huit ans, un F2 au huitième étage de l’Arlequin, une pension de veuve qui permettait tout juste de survivre jusqu’au 25 du mois. Henri s’en était allé un matin, dans la cuisine, la main encore posée sur la cafetière italienne qu’il tenait absolument à faire chauffer lui-même, chaque jour, depuis quarante ans. Louise l’avait trouvé assis par terre, l’air presque étonné. Elle n’avait pas crié. Elle avait simplement éteint le feu sous la cafetière et elle avait appelé le SAMU.

Leur fils, Laurent, était monté de Marseille pour l’enterrement. Deux jours. Deux jours à peine, le temps de signer les papiers des pompes funèbres, d’embrasser sa mère sur le front et de lui glisser un chèque de mille euros. « Pour les imprévus, Maman. Et puis, tu sais, si tu te sens seule, il y a des résidences seniors très bien. Je peux me renseigner. » Louise avait rangé le chèque dans le tiroir de la table de nuit et n’en avait plus jamais parlé.

Elle parlait de moins en moins, d’ailleurs. Les mots lui semblaient lourds, inutiles, comme des pierres dans la bouche. Elle allait au marché place Géant, une fois par semaine. À la pharmacie, une fois par mois, pour son traitement contre l’arthrose. Elle répondait aux coups de fil rituels de Laurent, le dimanche soir, par monosyllabes. « Ça va. Oui. Toi aussi. » Et elle raccrochait avant que le silence ne devienne trop embarrassant.

Ce jeudi-là, en sortant de la pharmacie, elle l’avait vu.

Un chat noir et blanc, famélique, le poil collé par la pluie, une oreille à moitié déchiquetée. Il était posté près du container à verre, aussi immobile qu’une statue de pierre. Il la regardait. Pas comme un chat de gouttière guette un reste de sardine. Non. Il la jaugeait, ce chat. Il la mesurait de son œil d’ambre, comme s’il savait exactement qui elle était et d’où elle venait.

Louise était passée sans un geste. Le chat s’était levé. Il l’avait suivie le long de l’avenue Marie-Reynoard, avait traversé avec elle au feu piéton, s’était faufilé derrière elle dans le hall de la tour. À l’ascenseur, elle s’était retournée.

— Qu’est-ce que tu me veux, hein ? T’as pas une maison ?

Il s’était assis sur le carrelage crasseux, la queue enroulée autour des pattes, et il avait cligné lentement des yeux. Un geste de confiance absolue. Déplacé. Insolent, même. Louise avait haussé les épaules et elle était montée chez elle. Par la fenêtre du salon, elle l’avait vu, en bas, qui attendait sur le muret, minuscule silhouette têtue sous la bruine glacée. Elle avait tiré le rideau. Il était toujours là.

Le lendemain matin, en ouvrant la porte pour prendre son courrier, elle avait failli marcher dessus. Il dormait sur le paillasson, roulé en boule, dégoulinant, aussi tranquille que si ce palier lui appartenait depuis toujours.

— Toi, t’es un sacré phénomène, maugréa Louise.

Elle ne le fit pas entrer. Du moins, c’est ce qu’elle crut. Elle déposa simplement une soucoupe de lait écrémé sur le seuil, et elle laissa la porte entrebâillée parce que l’air était vicié, dans ce couloir, avec le chauffage collectif qui vous asphyxiait. Le chat poussa le battant du museau, se faufila entre ses jambes et entreprit une inspection méticuleuse de l’appartement. La cuisine. La salle de bain. Le salon. Et soudain, il s’arrêta net.

Le fauteuil.

Le vieux fauteuil club en cuir vert bouteille, tout craquelé, tout lustré aux accoudoirs. Le fauteuil d’Henri. Celui où il s’asseyait chaque soir pour lire *Le Dauphiné Libéré* en pestant contre le maire et contre les Verts. Louise n’y avait pas touché. Elle en faisait le tour, comme on contourne une tombe. Elle époussetait le dossier, parfois, avec un chiffon, sans oser s’y attarder. Un jour, sa bru Sandrine avait osé dire : « Vous devriez le donner, ça encombre pour rien. » Louise lui avait répondu d’un regard si noir que Sandrine n’avait plus jamais abordé le sujet.

Le chat bondit. Il se lova exactement au creux du siège, là où le cuir gardait l’empreinte d’un corps disparu. Il se mit à pétrir l’accoudoir de ses griffes, les yeux mi-clos, et il commença à ronronner. Un bruit de moteur, sourd, régulier, puissant. Un bruit de vie.

Louise resta debout, les bras ballants. Elle sentit quelque chose craquer dans sa poitrine. Pas une douleur. Pire. Un dégel.

— C’est pour une nuit, lâcha-t-elle d’une voix rauque. Une seule. Demain, je te remets dehors.

Elle l’appela Misty. Elle ne savait pas trop pourquoi. « Misty, viens manger. » Misty venait. Elle avalait ses croquettes premier prix, celles du fond du placard qu’on achète quand il n’y a vraiment plus rien d’autre. Et elle regardait Louise. Toujours ce même regard calme, profond, un peu narquois. Le regard de quelqu’un qui en sait plus long que vous. Et qui ne dira rien.

La vie se remit en marche. Presque à l’insu de Louise. Elle se surprit à aller chez le vétérinaire pour un vaccin, « au cas où ». À acheter un arbre à chat en promo chez Maxizoo, parce que Misty faisait ses griffes sur le papier peint. À lui parler, aussi. Pas des paroles de mamie gâteau. Des phrases simples, arrachées au silence.

— Tu sais que Laurent n’a toujours pas rappelé ? Bon. On s’en fout, hein. On est bien, nous deux.

Misty clignait des yeux. Louise croyait qu’elle approuvait.

Un soir, elle se rendit compte qu’elle n’avait pas allumé la télévision depuis trois semaines. Le bruit du ronronnement tenait compagnie, mieux que n’importe quel journal télévisé. Elle s’asseyait sur le canapé, avec un plaid sur les genoux, et elle lisait. Henri lui manquait toujours, bien sûr. C’était une douleur de fond, comme un acouphène, une note grave qu’on n’oublie pas. Mais autour de cette note, il y avait du silence, maintenant, au lieu du vide. Et dans ce silence, un chat respirait.

Sa voisine de palier, Madame Arlette, une douce excentrique qui collectionnait les assiettes en faïence et savait tout de tout le monde, vint toquer un matin pour emprunter une lame de scie à métaux. Elle aperçut Misty trônant sur le fauteuil en cuir et éclata de rire.

— Ah ! Louise ! Toi qui jurais que jamais une bête ne mettrait les pattes chez toi ! Il est beau, le « jamais » !

Louise se retourna vers la fenêtre, les joues légèrement plus roses que d’habitude. Elle souriait. Un tout petit sourire, pâle, fragile, comme une branche après l’hiver, quand on ne sait pas encore si elle va bourgeonner ou casser.

Puis, en décembre, Misty cessa de s’alimenter.

Cela arriva d’un coup, ou presque. Un matin, la gamelle resta pleine. Louise crut à un caprice : le pâté était trop froid, les croquettes rassies. Elle racheta une autre marque, plus chère, avec de la gelée et des petits légumes. Misty renifla la nourriture, lécha la sauce du bout de la langue et retourna se coucher.

Elle dormait tout le temps. Dans le fauteuil, sur le lit, en boule sur le tapis de la salle de bain. Elle maigrissait à vue d’œil. Son poil, si brillant, devenait terne et rêche. Un soir, Louise la prit dans ses bras, geste qu’elle n’osait jamais faire, et sentit les côtes saillir sous la fourrure. Misty poussa un petit miaulement étouffé, comme une plainte, et se laissa faire.

Le lendemain, à la clinique vétérinaire du cours Berriat – un endroit moderne qui sentait le désinfectant et l’animal mouillé –, le diagnostic tomba. Le docteur Fabre, un jeune homme à lunettes qui traitait chaque maître avec une patience infinie, avait les mots doux et le regard grave.

— Votre chatte a une masse abdominale, Madame. Une tumeur. C’est assez étendu.

— On peut faire quoi ?

— Une opération. C’est lourd, c’est risqué à son âge. Mais c’est la seule chance. Après… il faudra des soins, une chambre d’isolement post-opératoire.

— Je veux dire… ça coûte combien ?

Le véto griffonna un devis. Il le tendit presque à regret.

— Entre l’anesthésie, la chirurgie, l’hospitalisation… on est autour de mille huit cents euros. Peut-être un peu plus.

Le chiffre frappa Louise en pleine poitrine. Mille huit cents euros. C’était sa pension. Un mois et demi de courses, de factures, de vie. Elle sortit de la clinique, la cage de transport pesant au bout de son bras. Misty était prostrée, le museau contre la grille, le regard fixe et vitreux.

Elle s’assit sur le banc, au bord du tram A, et elle sortit son téléphone à clapet, celui que Laurent lui avait offert pour ses soixante-quinze ans et qu’elle détestait cordialement.

— Laurent ? C’est Maman.

— Ah, Maman ! Je suis en pleine visio, là, avec un client de Dubaï, c’est important. Un souci ?

— C’est la chatte. Misty. Elle a une tumeur. Il faut l’opérer. Ça coûte dix-huit cents euros.

Un blanc. Juste le souffle lointain de la climatisation du bureau marseillais de son fils.

— Dix-huit cents euros ? Maman… pour un chat de gouttière ? Tu l’as trouvée dans la rue il y a quatre mois, tu te souviens ?

— Je me souviens, oui.

— Écoute, c’est triste, je comprends. Mais à cet âge… ces opérations, ça sert souvent à rien. Tu ne vas pas vider ton livret A pour un animal. On va dire que c’est la nature. Si elle s’en va, tu en reprendras un autre au refuge, un plus jeune, ce sera plus raisonnable.

Louise ne dit rien. Elle sentit une chaleur étrange monter derrière ses yeux. Pas du chagrin. Non. De la rage. Une rage glacée, profonde, une lame d’acier qu’on tire d’un fourreau oublié depuis des années. Elle revit soudain Henri, affalé dans son fauteuil, une bière sans alcool à la main, qui lui disait : « Tu sais ce que c’est, ton problème, ma pauvre Louise ? T’es trop bonne. Un jour, faudra que t’apprennes à mordre. »

— Maman ? Tu es toujours là ?

— Oui, Laurent. Merci de ton conseil.

Elle raccrocha.

Elle n’avait pas mille huit cents euros d’un coup. Elle avait sa pension, et puis ce petit bas de laine qu’elle gardait pour les coups durs, un livret d’épargne où dormaient trois mille euros, l’argent d’Henri, son assurance décès. Henri voulait qu’elle aille à Venise avec cet argent. « La Sérénissime, Louise ! Les canaux, les gondoles, le Campari au coucher du soleil ! » Elle n’avait jamais voulu y aller sans lui. Elle ne connaîtrait jamais Venise.

Elle retourna à la clinique à pied, le long des quais de l’Isère, sous un ciel de plomb. Elle serrait la cage contre elle. Misty respirait mal, le souffle rauque, les yeux mi-clos. Louise parlait toute seule dans le vent froid, les doigts gourds.

— Tu m’as choisie, hein. T’aurais pu rester en bas, au chaud sur le container. T’aurais pu suivre Arlette, elle a du saumon, elle. Mais non. T’es venue chez moi. Alors maintenant on va au bout. T’es ma Misty. Personne décide à ma place.

À la clinique, le docteur Fabre fut surpris de la revoir si vite. Louise posa un chèque sur le comptoir. Elle avait rempli le montant sans trembler, d’une écriture ferme, un peu scolaire. Elle leva les yeux vers le vétérinaire.

— Faites tout ce qu’il faut. S’il vous plaît.

L’attente dura trois heures.

Louise prit place sur une chaise en plastique, dans le couloir glacial qui sentait l’éther. Elle regarda les gens passer avec leurs chiens enrubannés, leurs chats de race piaillant dans des sacs de luxe. Elle était là, en manteau de laine râpé, l’échine droite, les mains croisées sur son sac à main. Le temps s’étirait comme une guimauve.

Elle se souvenait de la fois où Laurent s’était cassé le bras, en CM2. Elle avait attendu, la nuit entière, sur une chaise semblable, aux urgences du CHU de La Tronche. Elle aurait donné n’importe quoi, à l’époque, pour prendre sa douleur. Aujourd’hui, ce n’était qu’un chat. Mais l’amour n’explique rien. L’amour est là, c’est tout.

Enfin, la porte du bloc s’ouvrit. Le docteur Fabre apparut, les traits tirés, mais un sourire fatigué flottait sur ses lèvres.

— Elle s’en est sortie, Madame. C’était une grosse masse, mais on a pu tout retirer. Le réveil est un peu difficile, c’est normal. Dans quelques heures, elle sera en soins intensifs, et vous pourrez la voir.

Louise acquiesça. Elle ne put rien répondre parce qu’un sanglot énorme, silencieux, lui obstruait la gorge. Elle serra la main du vétérinaire, une main jeune, tiède et ferme. Elle se retint de ne pas la baiser.

Quinze jours plus tard, Misty était de retour à l’appartement. Elle avait le ventre rasé sur le côté, une longue cicatrice rose pâle, et elle titubait un peu sur ses pattes arrière. Louise avait aménagé un petit coussin chauffant dans le panier, à côté du radiateur. Elle lui donnait ses médicaments avec une petite seringue, mélangés à du pâté premium. Elle veillait sur elle, la nuit, se levant trois fois pour vérifier qu’elle respirait toujours.

L’argent fondait. Le bas de laine était presque à sec. Louise réduisit ses achats au strict minimum. Plus de viande, juste des pâtes et du riz, des légumes en boîte. Arlette, qui avait deviné, déposait de temps en temps un tupperware de soupe ou de gratin dauphinois devant la porte, sans rien dire, avec un petit mot griffonné. « Trop fait. Mange. Bisous. » Louise acceptait sans honte, maintenant, parce que l’essentiel était ailleurs.

Un soir de janvier, le téléphone sonna. C’était Laurent. Sa voix était bizarre, plus rauque que d’habitude.

— Maman. Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

— Dit quoi ?

— Pour l’argent. Pour le fait que t’avais vidé ton compte pour soigner ce chat. C’est Arlette qui m’a appelé au bureau. Elle m’a passé un savon, tu peux pas savoir. « Votre mère est en train de se sacrifier pour un animal parce qu’elle a personne d’autre. »

Louise se tut. Le combiné tremblait un peu contre son oreille.

Il reprit, après un silence épais comme de la neige.

— Je ne t’ai pas crue, au début. Mille huit cents euros… J’ai pensé que c’était un caprice. Un vieux réflexe de fils indigne, sans doute.

— Non, mon grand. Pas un caprice. Une nécessité.

— Maman… Je suis désolé. Vraiment.

— Ne t’excuse pas. C’est pas ta faute.

— Si. C’est ma faute. Écoute… J’arrive ce week-end. Avec Sandrine et les enfants. J’ai besoin de vous voir. J’ai besoin de voir… ce chat.

Louise sourit. Un vrai sourire, large, qui lui plissa les coins des yeux et fit remonter ses pommettes. Misty, du fond de son coussin chauffant, leva une oreille, comme surprise par ce courant d’air joyeux dans l’atmosphère confinée de l’appartement.

— Amène-toi, alors, dit Louise. Je ferai une tarte aux pommes. Celle que t’aimais.

Le samedi suivant, l’appartement était plein. C’était la première fois depuis la mort d’Henri. Les petits-enfants couraient dans le couloir, Sandrine buvait un café en commentant la nouvelle décoration – un arbre à chat en guise de guéridon, c’était osé –, et Laurent s’était installé, sans y penser, dans le fauteuil club. Misty sauta sur ses genoux avec l’aplomb d’un sphinx. Elle se mit à le pétrir, ronronnant comme une machine à vapeur, enfonçant ses griffes minuscules dans le pull en cachemire hors de prix.

— Elle va me le trouer, grommela Laurent, sans esquisser un geste pour la chasser.

Louise s’approcha, posa une main légère sur l’épaule de son fils.

— Laisse-la faire. C’est sa place. Elle la partage, aujourd’hui.

Quand la nuit tomba sur les montagnes enneigées du Vercors, visibles depuis la fenêtre du salon, la famille repartit. Les enfants firent des promesses de visites plus fréquentes, Sandrine glissa une enveloppe dans le tiroir de la cuisine – « pour vous, belle-maman, ne dites pas non ». Laurent embrassa sa mère plus longtemps que d’habitude, sur le pas de la porte.

— À dans quinze jours, Maman. Cette fois, c’est promis.

Louise referma la porte. Le silence retomba, mais un silence chaud, habité. Misty l’attendait dans le couloir, sa queue noire dressée comme un point d’interrogation.

— Quoi ? demanda Louise. Tu veux encore à manger, petite gloutonne ?

Misty ne répondit pas. Elle trottina jusqu’au fauteuil d’Henri, sauta dessus et regarda Louise par-dessus son épaule, de ce regard souverain qui signifiait : « Je t’ai laissé la place, alors viens. »

Louise s’installa. Elle cala un coussin derrière son dos, posa ses pieds sur le pouf, et Misty vint immédiatement se lover au creux de ses cuisses. Louise ferma les yeux. Elle n’entendait que le ronronnement, loin, tout près, immense.

Dehors, le vent de nuit secouait les volets. L’horloge du salon égrenait les secondes. Louise s’endormit dans le fauteuil, pour la première fois en un an. Elle ne rêva de rien, mais à l’aube, elle se réveilla avec l’impression profonde que tout était à sa juste place.

Click to comment

Leave a Reply

Ваша e-mail адреса не оприлюднюватиметься. Обов’язкові поля позначені *

18 − 13 =

Також цікаво:

FR4 хвилини ago

Première étoile

Le métal tiède du bracelet s’enfonçait dans ma paume. Assise au volant, dans le parking souterrain de l’hôpital Édouard-Herriot, je...

ES4 хвилини ago

El niño irrumpió en la boda y gritó: «¡No te cases!» Lo que mostró lo cambió todo

Era sábado en San Antonio y una lluvia de esas que no avisan golpeaba los vitrales de la Misión San...

ES29 хвилин ago

No fue el trueno, fue su voz

La lluvia llevaba horas golpeando las ventanas de la Misión de San José. Adentro, entre las velas encendidas y el...

ES29 хвилин ago

Entré a la habitación de mi hermana para conocer a su recién nacido y encontré a mi esposo besándola

El pasillo del ala de maternidad olía a desinfectante de pino y a flores recién cortadas. Me detuve frente a...

EN32 хвилини ago

The Heirloom She Never Saw Coming

The door to Room 312 was propped open by a red balloon tied to a stuffed giraffe. I stepped inside...

HE35 хвилин ago

הזמנה לחתונה של האקס המיתולוגי

הוא זרק אותי בסוף הקיץ, ערב אחד של אוגוסט בתל אביב, עם לחות של תשעים אחוז ועם אותה יהירות שאנשים...

FR37 хвилин ago

Celle qui revient toujours

— Laisse-moi tranquille, va, murmura Louise, sans même se retourner. Le chat ne répondit pas. Un chat ne répond jamais....

CZ40 хвилин ago

Nejtrapnější host na jeho svatbě? Já, bývalka. A seděla jsem u hlavního stolu

Víte, co vám chlap říct nemá? „Ještě budeš trpět, až mě uvidíš s jinou.“ Přesně tuhle větu mi tehdy řekl...